Survivre à la crise
MONSIEUR CONRAD CAUX HABITE SAINT-EUSTACHE DEPUIS 1962. IL A FONDÉ SON ENTREPRISE EN 1980, FORT D’UNE FORMATION À L’ÉCOLE DE FORESTERIE ET DE TECHNOLOGIE DU BOIS DE DUCHESNAY ET D’UNE EXPÉRIENCE DE PLUS DE VINGT ANS DANS LE DOMAINE.
Comment se porte l’industrie du bois depuis la crise en 2005 ?
La crise du bois, nous la sentions déjà en 2000... Certains spécialistes affirmaient que ça ne durerait que quelques mois, alors qu’elle n’est toujours pas finie. On ne peut entrevoir, selon moi, un retour positif avant six ans encore, car nous sommes trop tributaires de l’économie américaine. Par exemple, avant j’y exportais chaque jour quelque 25 000 pieds mesure de planche (pmp — le pmp est l’unité de volume de bois scié définie comme 1/12 de pied cube, ou l’équivalent d’une pièce de bois carrée de 12 pouces de côté et de 1 pouce d’épaisseur) ; aujourd’hui, plus rien n’y est envoyé. L’industrie du bois s’est toutefois vue favorisée par le choix de plusieurs détaillants de proposer des meubles, des moulures et des portes et fenêtres faits au Québec à leur clientèle. Ces détaillants délaissent peu à peu les produits faits en Chine. Bien que les coûts d’achat et de revente soient moins chers, les garanties et le service après-vente sont inexistants lorsque ça provient de la Chine. Tout compte fait, il s’avère souvent plus avantageux de choisir des produits en bois faits au Québec pour profiter de leur qualité, mais aussi de l’assurance que les fabricants prendront en charge les réparations ou les échanges si des bris ou des défauts surviennent. Mais cet aspect positif n’est pas suffisant, à lui seul, pour compenser toutes les baisses d’exportation (en France, en Espagne, en Tunisie et au Chili... sans oublier les États-Unis !).
Concrètement, comment se déroulent les activités de Séchoirs Deux-Montagnes ?
L’entreprise offre les services de séchage et d’entreposage du bois. Notre clientèle est majoritairement composée de moulins à scie et de grossistes en bois, surtout de grossistes en bois franc. Nos clients envoient leurs stocks de bois qui doivent être séché. La réception se fait sur de grandes semi-remorques fourgons, puis il y a passage sur pileuses automatiques. Le bois reste dans la cour avant d’être transféré dans les séchoirs. La durée du séchage varie entre 10 et 35 jours. L’étape du séchage est une démarche incontournable dans la transformation du bois. L’humidité, initialement entre 60 et 95 %, doit être diminuée à 6 ou 8 %. Si cette phase de séchage n’était pas effectuée adéquatement, le bois risquerait de courber ou de décoller... Après le passage dans la cour, nous répartissons les lots dans l’une ou l’autre de nos deux installations. Elles sont respectivement d’une superficie de 70 000 et de 98 000 pmp. L’une est munie d’un déshumidificateur qui condense ensuite l’air ; l’autre procède au séchage dit « à feu direct » avec ventilateurs au plafond pour que l’air circule aussi dans tous les rangs. L’aération uniforme est primordiale. Une fois le séchage complété, on envoie de nouveau de l’humidité dans nos installations afin d’équilibrer les pourcentages d’humidité entre les centres et les tours du bois. Pour le bois franc, la démarche peut prendre jusqu’à 12 jours et il faut compter au moins 30 jours pour le chêne.
Le bois utilisé est-il de plus en plus certifié ?
De ce que je reçois, pour le séchage, je dirais que 25 % du volume provient de bois certifié. Ici, les moulins qui ont des droits de coupe gouvernementaux sont majoritairement certifiés. Dans le privé, c’est différent, mais ça commence. Il est bon de préciser toutefois que même si le bois n’est pas certifié, il y a des modes de protection bien installés... Les « scieurs » ciblent les arbres en déclin et en fin de vie. Il ne serait pas judicieux de couper des arbres encore très fertiles car il faut favoriser la régénérescence naturelle des parcelles grâce aux semences des troncs plus jeunes. Globalement, c’est ainsi que la coupe du bois est contrôlée dans le secteur privé.

